La personnalité d’un robot

Je viens de terminer le livre (réédité) de Paul Jorion Principe des systèmes intelligents.

La mise en perspective des philosophes anciens et modernes, des intuitions psychanalytiques, des travaux des érudits médiévaux, de la langue chinoise et des recherches récentes vise à exprimer que la pensée ne précéderait pas la parole comme on le croit, mais résulterait, ou plutôt émergerait des mots des discours, les siens propres et ceux échangés avec autrui, selon des chenaux ou canaux d’enchaînements, appris et révisables.

Le livre exprime de la même façon que la logique résulterait d’une observation a posteriori des phrases considérées comme valides et n’aurait aucune correspondance interne dans les mécanismes du cerveau: s’appuyer sur la logique pour créer des systèmes les feraient donc forcément stagner dans l’ordre des automates, aussi puissants soient-ils pour nous singer.

Que retenir en première lecture pour la vision du (futur) Robot « intelligent »,

Que la croissance de son ‘intelligence’ passe par l’apprentissage des enchaînements valides de mots liés à sa culture dans son lieu et son temps;
Qu’il devra être capable d’interagir avec autrui et de le questionner spontanément sur ses trous de connaissance;
Qu’il saura relativiser ses connaissances présentes lors des échanges pour les renforcer ou les réviser;
Qu’il saura distinguer un contexte courant dans lequel il ne se répète pas et une mémoire à long terme pour renforcer dans la durée les expressions et les chenaux pratiquées avec succès.

Il aura donc une histoire en progression, fortement marquée par son apprentissage initial et par l’ordre de ses acquis, donc quelque part une ‘personnalité‘ qui le distinguera de tout autre.

Pour rester pragmatique, on peut tirer du livre quelques remarques pour lancer des expérimentations :
– Le support technique des p-graphes (où les mots sont sur les arcs et où les nœuds portent leurs liens ) comme moyen d’enregistrement des connaissances dans un réseau mnésique peut ouvrir à d’autres manières de traiter les questions de représentation sémantique des informations.
-La topologie d’un réseau mnésique et les parcours pondérés au sein de celui-ci peut aider à une expression plus authentique des réponses faites par un robot lors de ses interactions.

Si cela reste encore une voie de recherche, les réflexions menées dans ce livre ouvrent des perspectives de manipulation ‘intelligente’ du langage, justement parce que cela relativise notre propre intelligence ou tout du moins l’idée qu’on peut s’en faire. 🙂

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